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Onem pas l’Onem… !

samedi 16 février 2013, par riposte-cte

De Mathieu F. à Ministre André Antoine

Publié ce jeudi 14/02 sur Facebook·

Monsieur le ministre,

J’ai récemment perdu mon emploi.

Oh ! Rassurez-vous rien de dramatique en soi pour moi.

J’ai un bon diplôme, un bon CV, je parle plusieurs langues et malgré un marché de l’emploi plutôt morose je suis encore approché par des recruteurs…Je reste donc plutôt optimiste. C’est juste une question de temps avant que je retrouve un bon travail.

Ca fait maintenant trois mois que je suis au chômage.

Cette récente perte d’emploi m’a permis de vivre le fonctionnement de nos chères administrations qu’elles soient régionales ou fédérales.

Là-bas se situe peut être le vrai drame. Je pense d’ailleurs après coup que le terme “non-fonctionnement” serai nettement plus approprié.

Je vais donc vous raconter mes quelques mois en tant que chercheur d’emploi et mes divers contacts avec l’administration durant cette période.

Fraichement arrivé sur le marché du chômage, j’ai tout d’abord commencé par recevoir des courriers du FOREM. Rien d’alarmant en soi :

- Des offres de formation pour des compétences déjà acquises,

- Des offres de formations en totale inadéquation avec mon profil professionnel

- Des offres de formation à des métiers aux débouchés plus que incertains

Sérieusement : Avez-vous déjà vu une offre d’emploi telle que “Grand groupe international cherche sculpteur sur pierre ASAP.Age et expérience sans importance. Nombreux avantages. Voiture, carte essence et burin de société”
…Sérieusement….

Je m’interroge toujours sur le bien fondé de ces courriers.

J’ai ensuite commencé à recevoir occasionnellement des annonces auxquelles il est obligatoire de répondre.
j’ai du en recevoir 3.
Là non plus, je n’ai rien vu d’alarmant si ce n’est que le carton réponse mentionne que
dans le cas ou je ne postule pas dans les 20 jours le FOREM en informera l’ONEM qui risquera de prendre des sanctions.

A la lecture de ces annonces, je m’interroge encore une fois :

- Qui sélectionne ces annonces ?

- Pourquoi me sont-elles envoyées ?

- Pourquoi il y-a-t-il des annonces beaucoup plus en adéquation avec mon profil,
disponibles sur le site du FOREM qui ne me sont, elles, pas transmises… ?

Abérration la plus totale, je suis obligé de poser ma candidature à un poste pour lequel j’ai déjà postulé il y à quelques années et pour lequel mon diplôme ne convient pas vraiment.

J’ai par après été convoqué au FOREM pour une séance d’information.

Il est vrai qu’après m’avoir écrit pendant près de trois mois le temps était enfin venu de m’informer sur les missions et divers services du FOREM. J’allais enfin savoir la vérité pour laquelle j’ai attendu toute ma vie !

Nous devions être une quarantaine de jeunes chômeurs présents dans la salle.

Il nous a été expliqué en détail les rôles du FOREM, l’importance de donner suite aux convocations et annonces envoyées par le FOREM, l’importance de garder des traces de notre recherche d’emploi au cas ou l’ONEM demanderait un contrôle,…Ce genre de choses.

En substance je dirai qu’on nous a plutôt donné les informations nécessaires pour ne pas perdre notre droit aux allocations plutôt que des informations réellement exploitables dans le cadre d’une recherche d’emploi.

Dans la foulée un conseiller référent personnel m’a été attribué.

La toute grande classe quoi !

Qui peut se targuer à l’heure actuelle d’avoir un conseiller personnel ? J’étais enfin devenu quelqu’un.

Pour ajouter une dose d’imprévu, les conseillers en question ne sont pas attribués en fonction de critères objectifs tels que le secteur d’activité, le diplôme, la mobilité…Cette façon de procéder serait beaucoup trop rationelle.
Au lieu de cela, le FOREM place les convocations du jour dans une sorte grand chapeau et effectue un tirage au sort.

Une fois mon billet sélectionné j’ai enfin pu rencontrer le précieux sésame en la personne de mon conseiller référent.

Mon précieux….Mon prééééécieux…

Nous avons pas mal discuté et avons passé en revue un certain nombre de candidatures que j’avais envoyé.
Nous avons aussi passé en revue les fameuses annonces obligatoires du FOREM.

D’après mon conseiller, il s’avère que je ne relance pas assez les candidatures posées, que je ne harcèle pas assez les agences d’intérim et que je base trop ma recherche sur les nouveaux médias (internet).

- J’ai eu beau lui expliquer que je travaillais dans les nouvelles technologies et qu’il était normal d’utiliser les nouvelles technologies pour y postuler,

- J’ai eu beau essayer de lui expliquer qu’il ne servait à rien d’harceler quelqu’un qui ne vous réponds pas. Ca me parait pourtant logique. J’ai rarement entendu une directrice des ressources humaines demander si quelqu’un avait éventuellement pris par hasard à la photocopieuse le CV du candidat idéal qu’elle venait de recevoir par e-mail mais qu’elle avait déja entre-temps effacé. ça c’est le genre de choses qui arrive uniquement dans la série le FOREM à Miami.

Par définition un employeur qui a un besoin précis et recevant le CV adéquat va y répondre.

- J’ai eu beau lui expliquer que je pourrai passer dire bonjour tous les matins aux agences d’intérim mais que si celles-ci n’avaient pas de demande de leurs clients pour un profil dans ma branche, mes visites ne servaient à rien d’autre qu’à prendre des nouvelles des consultantes que je trouve au demeurant fort charmantes.

J’ai eu beau…Mais malgré une carrière de plus de dix ans, malgré de nombreux emplois décroché de cette manière il semblerait que ma méthode ne soit pas la bonne.
Peut-être ne suis-je tout simplement plus dans le coup, peut-être suis-je dépassé….Peut être ai-je simplement eu de la chance au cours de mes précédentes recherches…Allez savoir…

Mon conseiller référent à ensuite rédigé un contrat selon lequel je dois relancer certaines candidatures récemment envoyées.
Je dois aussi faire les recherches nécessaires à la création d’entreprise et prendre rendez-vous avec l’ASBL job’in susceptible de m’aider dans mes démarches.
Sachant que je n’ai toujours pas de business plan concret, je ne peux que sourire….Mais bon…Je DOIS le faire, c’est LA recette miracle. Il est vrai qu’après tout j’ai émis l’idée de me lancer comme indépendant.

Au moment d’imprimer le contrat mon conseiller a été victime d’un problème d’imprimante. Oui c’est le genre de choses qui arrive même aux meilleurs agents du FOREM
Nous avons décidé que ce contrat serait envoyé par la suite.

Malgré divers échanges d’e-mails et de courrier, malgré mes quelques rappels, je n’ai à ce jour toujours pas reçu ce fameux contrat qui va tant m’aider à retrouver un travail.

Deux jours après mon entretien du FOREM, j’ai reçu une convocation de l’ONEM.
Je n’ai apparemment pas répondu à l’une des annonces que le FOREM m’a envoyé.
L’ONEM me convoque pour que je donne une explication à ce sujet et pour contrôller ma disponibilité sur le marché de l’emploi.

A la lecture de cette lettre, je reste pantois :

- Je ne sais pas d’où sort cette annonce.

- Pourquoi personne ne m’a averti de cette situation lorsque j’étais dans les bureaux du FOREM deux jours plus tôt… ?

- Pourquoi mon conseiller référent qui, passant les offres en revue, ne m’en a-t-il pas touché un mot.

Je suis inquiet, la lettre mentionne de possible sanctions. Renseignements pris, je risque une exclusion de 3 mois avec suspension de mes allocations. Pas mal pour quelqu’un qui est actif depuis plus de dix ans.

Je reprends donc contact avec mon conseiller référent. Enfin, j’essaie car j’ai beau l’appeler sur sa ligne directe il ne réponds jamais. Je me procure donc son adresse e-mail via l’ami du frêre d’un copain.

Malgré le fait que durant notre entretien il ait affirmé le contraire, je peux le joindre par e-mail.
je suis assez étonné :

Le FOREM n’est pas sans savoir que j’ai des revenus limités en ce moment. un e-mail est bien moins cher qu’un coup de téléphone.

Le FOREM qui me conseille de tenir à jour un journal de bord, de conserver un maximum de traces pour les contrôles éventuel préfère utiliser un moyen de communication sans tracabilité aucune.

Je formule donc un certain nombre de questions, lui demandant entre-autres :

- De m’envoyer l’annonce en question.

- S’il y a d’autres annonces qui auraient été laissées sans réponse.

- De plus amples informations concernant un possible plan d’aide à l’emploi demandé par un employeur potentiel avec qui je suis en contact.

Pour seule réponse, j’obtins une convocation près de 3 semaines plus tard pour en discuter.
C’est non seulement trop tard pour ma convocation à l’ONEM mais cela me laisse de plus dans l’impossibilité de prendre des actions s’il devait y avoir d’autres offres restées sans réponse.
Le cas échéant, je ne pourrai donc prendre aucune mesure dans le délai de 20 jours, imparti par le FOREM lui-même. Logique quoi !

Enfin concernant l’employeur et son plan d’aide, je ne vous laisse imaginer comment mes chances d’obtenir le boulot viennent virtuellement, par ce simple délai, de passer à 0%.
Venant de quelqu’un vous demandant d’être plus réactif et de chasser la réponse c’est assez loufoque mais comme dit l’adage :”Faites ce que je dis, pas ce que je fais…”

Ce n’est pas grave, je me présente à l’entretien de l’ONEM fort de mon dossier recherche emploi assez bien documenté car après tout je n’ai pas eu besoin du FOREM pour rechercher un travail.

Je dois avouer que les nouvelles technologies présentent tout de même cet avantage : Il est facile de garder des traces de sa recherche d’emploi. J’aurai donc vite fait de leur prouver que je ne suis pas l’horrible profiteur qu’ils pensent que je suis…

L’entretien commence. Je suis nerveux, mais j’essaie d’être sympathique avec la fonctionnaire de l’ONEM chargée de prendre ma déclaration. Après tout, ce n’est pas de sa faute ce qui est en train de m’arriver

Elle me pose tout un tas de questions. Je réponds, je donne des explications. Je devine qu’elle prends des notes sur une feuille de papier assise derrière son écran.

Au bout de 20 minutes d’entretien, elle commence à me lire ce que je pense être sa feuille de notes.
Il s’agit en fait de ma déclaration sur l’honneur écrite sur base des propos que j’ai tenu.
La fonctionnaire en a fait un résumé en insistant plus sur certains points, en occultant d’autres.
Les questions qu’elles m’a posé ne figurent pas sur le PV créant de la sorte une version orientée, voire même tout à fait subjective de ma déclaration.

A titre d’exemple, la conversation :

- Avez vous quelque chose en vue pour le moment ?

- J’ai eu un entretien hier, il s’agit du premier entretien avec un recruteur que j’ai contacté pour 3 offres. Il a contacté les employeurs et a par ailleurs adressé mon CV en spontané à certains clients ciblés. L’un d’entre eux a manifesté beaucoup d’intérêt, nous avons d’ores et déjà une entrevue fixée la semaine prochaine.

- Et vous êtes plutôt positif par rapport à ca ?
- Oui assez au vu de la réactivité de l’employeur. Le recruteur est par ailleurs positif quand à ma candidature.

Devient :

“Je cherche du travail. J’ai eu un entretien hier. Je dois avoir un 2e entretien prochainement, c’est positif donc j’espère avoir cet emploi.”

Mise hors contexte cette phrase laisse penser que je n’ai eu qu’un et un seul entretien juste avant ma convocation à l’ONEM.

Je m’oppose à cette déclaration et demande à ce qu’elle soit complètement réécrite.
La fonctionnaire de l’ONEM refuse, prétextant qu’il s’agit de la procédure.
Elle va jusqu’à me dire que si je ne suis pas content je n’ai qu’a partir sans la signer.

Je parviens quand même à lui faire ajouter quelques points sur le PV car je réalise là qu’il s’agit bien d’un PV dont nous sommes en train de parler.
Elle a entre-autres, après de longues insistances, ajouté un point dans lequel elle déclare elle-même qu’il s’agit d’un résumé et non de ma déclaration mot pour mot.

Je lui signale ensuite que nous n’avons pas passé en revue mon dossier recherche emploi.

Je compte quand même sur ce dernier pour prouver que, FOREM ou pas FOREM, mon but est de retrouver du travail.
Elle me répond que ce n’est pas nécessaire, que l’ONEM n’en a pas besoin.
Il est étrange qu’un organisme chargé de contrôler ma disponibilité sur le marché de l’emploi ne s’intéresse pas à ces pièces.

Après avoir insisté à plusieurs reprises, elle a finalement daigné accepter mon dossier.
Les pièces n’ont néanmoins été que partiellement inventoriées, le nombre de pages n’a même pas été compté,….C’est vrai qu’il y avait un gros paquet.

Je me permets de vous rappeller, à ce stade, que je suis là pour l’unique raison de n’avoir répondu à un courrier dont personne ne peut ni ne veut m’apporter la preuve qu’il a été réellement envoyé. Ce point n’est d’ailleurs pas repris dans ma déclaration malgré mon insistance.

J’apporte de plus la preuve (courriers de la poste à l’appui) que, à la période mentionnée, j’ai été victime d’un arrachage de boite aux lettres ce qui est probablement la cause au fait que je n’aie donné suite à ce courrier mais rien n’y fait.

Cette pièce n’est même pas inventoriée au PV.

Je ne suis pas dupe. Je comprends fort bien que ma déclaration est complètement orientée, que mon dossier recherche emploi ne sera pas analysé, que je vais plus que vraisemblablement être suspendu sans raison. Je sens la colère qui commence à bouillonner en moi.

L’employée de l’ONEM me remet ensuite le document pour signature.

Je n’ai pas le choix, c’est elle qui a rédigé ma déclaration et elle ne m’autorise pas à y changer quoique ce soit.

Et là surprise, je constate un en-tête reprennant le Code pénal social Chapitre 1 Article 62 que je me permets de lister ci-dessous pour les néophytes comme moi.

Lors de l’audition de personnes, entendues en quelque qualité que ce soit, seront respectées au moins les règles suivantes :

1º au début de toute audition, il est communiqué à la personne interrogée :
a) qu’elle peut demander que toutes les questions qui lui sont posées et les réponses qu’elle donne soient actées dans les termes utilisés ;
b) qu’elle peut demander qu’il soit procédé à toute mesure relevant du pouvoir des inspecteurs sociaux en vertu du présent Code ;
c) que ses déclarations peuvent être utilisées comme preuve en justice ;

2º toute personne interrogée peut utiliser les documents en sa possession, sans que cela puisse entraîner le report de l’audition. Elle peut, lors de l’interrogatoire ou ultérieurement, exiger que ces documents soient joints au procès-verbal d’audition ;

3º le procès-verbal mentionne avec précision l’heure à laquelle l’audition prend cours, est éventuellement interrompue et reprise, et prend fin.
Il mentionne avec précision l’identité des personnes qui interviennent lors de l’audition ou à une partie de celle-ci ainsi que le moment de leur arrivée et de leur départ. Il mentionne également les circonstances particulières et tout ce qui peut éclairer d’un jour particulier la déclaration ou les circonstances dans lesquelles elle a été faite.

À la fin de l’audition, le procès-verbal est donné en lecture à la personne interrogée, à moins que celle-ci ne demande que lecture lui en soit faite.
Il lui est demandé si ses déclarations ne doivent pas être corrigées ou complétées.

Je constate au moins 4 infractions au code pénal en question mais ce n’est pour moi pas le plus grave.

Admettons que l’erreur soit humaine. Admettons même qu’un fonctionnaire puisse faire des erreurs. Je pense pourtant que mise face à celles-ci, une personne de bonne foi corrige le tir.

Dans le cas de l’employée de l’ONEM, je constate qu’elle a persisté allant même jusqu’à invoquer des procédures farfelues. Nous sommes vraiment face à un cas de mauvaise foi des plus flagrant.

Je lui ai demandé si elle se foutait vraiment de moi, je lui ai signalé l’article en question et je lui ai rappelé qu’elle ne m’avait pas informé de mes droits en début d’audition et pas plus qu’elle ne les avait respectés pendant l’audition.

J’ai exigé qu’on me rende une nouvelle feuille vierge et ai exigé de la remplir moi même.

Elle s’est levée d’un bond me disant que ca commencait à bien faire et qu’elle n’avait pas que ca à faire en reprenant le PV en main.

Les bureaux étant séparés les uns des autres par des cloisons à mi-hauteur ceci a du être perçu par le garde de sécurité présent dans la pièce puisqu’il s’est empressé de venir voir s’il y avait un problème.

je n’ai pourtant pas élevé la voix pas plus que je ne me suis montré menacant.

Je me demande donc quel est le but de la présence de cet agent de gardiennage si ce n’est une vague tentative de m’impressionner afin de m’empêcher de faire valoir mes droits.

L’employée est partie je ne sais trop ou, je pense qu’elle allait voir son supérieur hiérarchique.

Elle n’a pu emporter le PV de l’audition avec elle car je l’ai malencontreusement attrapé lors de son passage lui mentionnant que ce document allait rester avec moi. Je veux bien être gentil mais il y a des limites à ne pas dépasser.

Je me suis rassis, j’ai inspiré un grand coup et fermé les yeux.

J’ai vu un fort Chabrol…J’ai vu un forcené assis sur un cadavre d’agent de sécurité retenant des employés de l’ONEM en otage, balancant des rafales d’AK47 sur les combis de la police en hurlant qu’il voulait juste que l’on respecte ses droits…

J’ai rouvert les yeux, je me suis levé et je suis parti.

Je n’étais pas d’humeur pour un Fort Chabrol et de plus, je n’ai même pas d’AK47.

J’enverrai mes doléances par courrier recommandé et je suppose que le tribunal du travail finira par statuer sur mon sort.

11 ans de carrière, 6 postes différents pour en arriver là….

Bref j’ai été confronté à l’administration.